Table ronde sur les nouvelles formes de vente

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Dans le cadre de la Commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale, Jeanine DUBIE a participé à une table ronde sur les nouvelles formes de vente. A cette occasion, elle a posé plusieurs questions relatives à l’adaptation du secteur touristique indépendant face à l’arrivée des centrales de réservation sur internet, sur l’essor du paiement sur mobile et enfin sur la taxe google.

Retrouver ci-dessous son intervention et les réponses des intervenants.

Mme Jeanine Dubié. J’aurai trois questions. L’une porte sur l’offre touristique soumise aux mutations du secteur. En effet, c’est un secteur qui a été largement impacté par la démocratisation d’Internet. Les nouvelles technologies ont bouleversé les modes de consommation des produits touristiques mais elles ont aussi modifié la chaîne de valeur du secteur en favorisant le positionnement de nouveaux acteurs intermédiaires. Ma question s’adressera plus particulièrement à M. Xavier Court puisque, sur le site vente privée.com, on trouve beaucoup d’offres en matière de voyages. Comment protéger l’hôtellerie indépendante face à la politique tarifaire imposée par la commercialisation par Internet ? Comment uniformiser les règles auxquelles les différents acteurs sont soumis pour éviter certaines formes de concurrence déloyale ? Le ministre de l’économie et du redressement productif a engagé le 28 mai dernier une action en justice contre le site de vente de voyages en ligne booking.com afin de mettre fin aux déséquilibres…Cette action en justice a été engagée afin de mettre fin aux déséquilibres dans les relations entre les centrales de réservation et les établissements hôteliers. Comment percevez-vous l’intervention de Bercy sur ce dossier ? Comment, de votre point de vue, permettre aux hôteliers, de s’adapter à ce changement de mode de consommation en matière de séjours de vacances ?

Ma deuxième question portera sur l’essor du paiement sur mobile et sera dans le prolongement du questionnement de Laure de La Raudière. Il est vrai que le paiement mobile gagne des parts de marchés à une vitesse impressionnante. Selon le bilan des ventes sur Internet pour le premier trimestre 2014, les ventes sur l’Internet mobile, tablettes et smartphones, enregistrent une hausse de 76 %. Quelle est votre analyse sur cet essor du paiement sur mobile ? Est-il en passe de devenir un véritable canal de vente pour les commerçants ? En même temps, cette généralisation pose la question de l’utilisation des données personnelles et de leur protection. L’achat sur le mobile est-il aussi sécurisé qu’un achat sur l’ordinateur ? Au niveau mondial, le secteur de la distribution figure parmi les 3 premiers secteurs d’activité qui sont victimes des cybercriminels. Enfin, comment s’assurer que le site mobile sur lequel les consommateurs effectuent une transaction est bien protégé ?

Ma dernière question porte sur la taxe Google. Face aux pratiques d’optimisation fiscale dont de nombreux géants de l’Internet sont devenus coutumiers, la France s’était prononcée en faveur de la mise en place au niveau européen d’une taxe spécifique aux entreprises numériques. Le 28 mai dernier, le groupe d’experts de haut niveau nommé pour réfléchir à une éventuelle révision du régime fiscal des entreprises a rendu ses conclusions et a écarté l’hypothèse de cette taxe spécifique pour les entreprises du secteur numérique. Quel est votre point de vue sur cette proposition de mettre en place cette taxe spécifique et comment interprétez-vous les conclusions du groupe d’experts de haut niveau européen ?

M. Xavier Court, cofondateur de vente privée.com Concernant la distorsion de concurrence et l’optimisation fiscale : c’est un véritable sujet. La taxe Google ne me semble pas être la solution appropriée car elle peut toucher les champions français que nous sommes alors que ce n’est pas sa cible première. Par ailleurs, mes actionnaires américains, ils sont actionnaires à 20 %, ne comprennent pas que les règles applicables au sein de l’Europe ne soient pas toutes les mêmes comparativement à l’homogénéité du territoire américain. Il faut absolument éviter les « trous dans la raquette » : il est difficile d’en vouloir à Amazon de s’installer en Irlande ou au Luxembourg lorsque la législation européenne l’autorise à le faire : l’harmonisation fiscale est donc un préalable.

Concernant le paiement par mobile, Vente privée est un peu en avance, j’entends par là que notre avance est de seulement quelques mois. 40 % du chiffre d’affaires de Vente privée est fait sur mobile, je veux dire par là que 40 % des 3,2 millions de visiteurs uniques par jour se fait sur mobile.
Je pense profondément que les smartphones sont la baguette magique du e-commerce. Ils nous permettent d’entrer dans un magasin et de le comparer avec son voisin, de commander instantanément une bouteille appréciée chez des amis, et ainsi de suite. C’est une révolution du consommateur.

La question du mode de paiement rappelle le débat autour du paiement « 3D-secure ». Au début, nous avions des doutes car il faisait perdre des clients, les banques ne s’étant pas alignées sur un système unique. Désormais, c’est le cas, mais ce système n’est pas compatible avec les smartphones. Il faut trouver une solution, car les transactions sur mobile correspondent à 40 % des commandes de vente-privee.com, elles atteindront 50 % à la fin de l’année et 80 % dans deux ans.

À propos de la question relative à la protection des petits hôteliers, et de l’action du ministre de l’économie, je ne suis pas le mieux placé pour y répondre, même si nous détenons un site « vente-privee-voyage.com ». Je dirai, avec franchise, qu’il a raison sur le fond, mais tort sur la forme. Au niveau international, cette réaction peut effrayer et n’améliore donc pas l’image de la France. Sur le fond, le ministre a raison, car il est anormal qu’un hôtelier ne puisse pas pratiquer de réduction sur ses tarifs parce que son contrat avec Booking.com le lui interdit. Certes, Booking.com repose sur une très bonne idée, et a aidé les hôteliers à remplir leurs établissements les douze mois de l’année. Mais le digital représente la liberté. Le client décide, garde sa liberté. Simplement, attention à la communication autour de ce sujet.