Jeanine DUBIE interroge Patrick KRON au sujet de la situation des entreprises CEGELEC et Eiffage

Dans le cadre des travaux de la Commission des affaires économiques, Jeanine DUBIE a interrogé Patrick KRON, président directeur général du groupe Alstom au sujet de la situation des sous-traitants de son groupe, et notamment de la situation des entreprises tarbaises Cegelec et Eiffage qui sont aujourd’hui menacées de fermeture.

Retrouvez ci-dessous son intervention :

 

Mme Jeanine Dubié. Vous nous avez parlé de vos actionnaires et évoqué le renforcement de la structure financière d’Alstom Transport mais vous n’avez rien dit de la situation de vos sous-traitants.

Lors de votre audition du 20 mai 2014, nous vous avions fait part de notre inquiétude au sujet de la vente de l’un des fleurons de notre industrie nationale, et nous vous avions notamment interrogé sur les conséquences sociales de l’alliance envisagée. Vous nous aviez alors expliqué qu’Alstom serait recentré sur son activité transport, qu’Alstom Transport était un leader mondial, doté de la taille critique, intervenant sur un marché dynamique. Vous aviez fait état du contrat de 4 milliards d’euros signé avec l’opérateur sud-africain PRASA, auquel est venu s’ajouter, fin janvier, un contrat de 2 milliards d’euros pour la fourniture de 217 trains destiné au réseau du Grand Paris Express, qui devrait permettre, dans les dix années à venir, de sécuriser deux mille emplois sur les sites d’Alstom, notamment à Tarbes.

Or, la semaine dernière, j’ai appris que le groupe Alstom faisait pression sur ses sous-traitants pour qu’ils baissent leurs prix, les incitant à délocaliser leurs emplois dans des pays à bas coût de production. Ainsi, dans ma circonscription des Hautes-Pyrénées, ce sont pas moins de soixante-quinze salariés des sociétés tarbaises Cegelec et Eiffage, sous-traitants historiques du groupe Alstom, qui sont menacés par un plan social. Je souhaiterais donc connaître votre position sur la situation des sous-traitants d’Alstom en France, sur le maintien de leurs emplois et de leur savoir-faire sur notre territoire.

Ne pensez-vous pas que le groupe Alstom, qui vient de signer l’un des plus gros contrats de son histoire et qui a bénéficié d’un sérieux coup de pouce de l’État en 2003, devrait faire preuve de responsabilité sociale et économique ? Quelle est donc la véritable situation financière de votre groupe ?

Patrick Kron. Madame Dubié, vous m’avez interrogé sur Alstom Transport. Il s’agit d’un groupe international présent dans une cinquantaine de pays et qui peut appuyer son développement sur des phénomènes comme la croissance démographique, le développement économique et la concentration dans les villes. La conjugaison de ces trois facteurs nous permet d’afficher un carnet de commandes d’un montant record de 27 milliards d’euros.

Cela ne signifie pas pour autant que certains de nos sites n’aient pas des problèmes de charge. C’est hélas le cas sur le marché français, qui représente 20 % de nos ventes totales – même si 40 % de nos salariés français travaillent à nos exportations – et où nous souffrons d’un manque de visibilité.

Des projets sont en cours, notamment le projet de métro pour lequel un premier contrat de 500 millions a été signé, qui donne une charge significative à notre usine de Valenciennes et à d’autres sites associés. Nous travaillons également sur trois contrats importants non seulement pour résoudre nos problèmes de charge, mais parce qu’ils pourraient constituer des vitrines de nos activités pour l’exportation : il s’agit du TGV du futur, que nombre de pays étrangers nous envient et qu’il faut donc continuer à développer, en améliorant son coût comme ses performances ; il s’agit encore des RER de nouvelle génération ; il s’agit enfin des trains d’équilibre du territoire (TET) sur lesquels la mission Duron doit rendre prochainement ses conclusions mais dont le développement est tributaire des fortes contraintes budgétaires que connaissent un certain nombre de régions françaises. Si Alstom Transport ne se résume pas à Alstom Transport France, cette dernière entité est une composante importante de notre dispositif industriel.

Pour ce qui concerne plus précisément nos sous-traitants, ils sont près de cinq mille en France et, pour formuler les choses en termes d’emplois, un emploi chez Alstom Transport France – qui en compte neuf mille – signifie trois emplois chez nos sous-traitants. Notre entretenons donc une relation très forte, non seulement sur le marché domestique mais à l’exportation où nous soutenons un certain nombre de PMI.

Quant aux entreprises de Midi-Pyrénées que vous avez évoquées, elles appartiennent à des grands groupes – Vinci et Eiffage –, auxquels il appartient de trouver des solutions, en répartissant leurs risques entre les différents clients. En l’occurrence, ces entreprises n’ont pas été retenues par Alstom à l’issue d’un appel d’offre, remporté par une autre entreprise locale.

 

Mme Jeanine Dubié. En ce qui concerne la branche énergie, Bruxelles craint que le rapprochement entre Alstom et General Electric entraîne une hausse des prix et réduise le choix des consommateurs en matière de turbines à gaz. Que répondez-vous ?

Patrick Kron. Vous m’avez également interrogé sur les turbines à gaz. Comme l’a dit M. Fasquelle, la Commission européenne a procédé à une enquête approfondie sur ce sujet. Nous avons donné des éléments d’information. Le dossier que nous avons déposé à la Commission comprend environ 50 000 pages. Nous avons répondu à 350 questions et nous sommes prêts à répondre à d’autres encore. Je suis convaincu que nous démontrerons que le marché des turbines à gaz reste très largement concurrentiel après l’opération de rapprochement avec General Electric. Au cours des cinq dernières années, Alstom a vendu en Europe trois turbines à gaz. Aussi, je ne crois pas que cette opération se traduira par une perturbation du marché, le marché européen étant totalement mort puisqu’en 2014 une seule turbine à gaz a été vendue en Europe sur un marché mondial de 200 à 250 unités.