Jeanine DUBIE interroge Jean-Yves LE GALL, Président du CNES, sur ses projets en matière de prévention des inondations

Jeanine DUBIE a participé à l’audition de Jean-Yves LE GALL, Président du Centre national d’études spatiales, dans la perspective de la COP 21.

À l’approche de la COP21 qui se tiendra à Paris à partir du 30 novembre, Jean-Yves Le Gall a présenté l’état des projets du CNES portant sur le climat. En effet, l’espace est un contributeur essentiel pour l’étude des phénomènes climatiques. Selon le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), sur 50 variables climatiques essentielles définies au niveau international, 26 ne sont observées à l’échelle de la planète que depuis l’espace, c’est-à-dire grâce à la télédétection par satellite ou par ballon atmosphérique. Les satellites vont également participer à la mise en œuvre des politiques de lutte contre le changement climatique en s’assurant que les accords de la COP 21 seront respectés.

Dans ce cadre, Jeanine DUBIE a évoqué les projets du CNES en matière de prévention des inondations. A cet égard, elle a interrogé Jean-Yves LE GALL sur les projets menés par le CNES pour mesurer les variations des niveaux des cours d’eau et des lacs.

Retrouvez ci-dessous son intervention :

 

Mme Jeanine Dubié. M. le président, vous nous aviez indiqué, lors de votre dernière audition, que le CNES avait choisi de faire du climat l’un des fils rouges de sa stratégie pour 2015. De ce point de vue, l’organisation de la COP21 en France constitue une formidable opportunité de se rendre compte du rôle croissant des satellites pour mesurer l’impact des changements climatiques sur notre planète.

Comme nous l’avons vu récemment avec les inondations survenues dans le sud-est de la France, les prévisions météorologiques ont une importance cruciale dans la mise en place des mesures de précaution et d’information des populations. Par ailleurs, pas moins des deux tiers de la population vivent à moins de soixante kilomètres des côtes, alors que le niveau des océans augmente. Nous allons donc avoir de plus en plus besoin d’informations précises afin de pouvoir nous adapter.

Le satellite Jason-3, destiné à mesurer le niveau des océans, est le fruit d’une coopération entre les agences spatiales française et américaine, et a été développé par Thales Alenia Space ; son lancement, initialement prévu à la mi-2015, a été repoussé de quelques mois. Pouvez-vous nous dire combien d’emplois il a créés en France et si des projets similaires sont également menés par l’Agence spatiale européenne ?

Pour ce qui est des inondations, elles ne frappent pas que les zones côtières. Élue des Hautes-Pyrénées, je sais que nos territoires de montagne peuvent être touchés par des crues importantes. Le CNES développe actuellement de nouvelles générations de satellites capables de mesurer le niveau des cours d’eau et des lacs. À quel horizon pensez-vous être en mesure de lancer ces satellites et à quel type d’acteurs sont-ils destinés ?

Enfin, en ce qui concerne la COP21, vous nous avez parlé du satellite MERLIN, qui a vocation à permettre le contrôle des engagements pris par les États dans le cadre de la COP21. Quelle est la marge d’erreur d’un tel satellite et à quelle échéance serons-nous capables, grâce à ce matériel, de mesurer avec précision les émissions de gaz à effet de serre ?

 

M. Jean-Yves Le Gall.Il n’existe pas encore de système global d’observation du climat et de contrôle du respect des engagements, peut-être cela viendra-t-il un jour. Mais, aujourd’hui, un écosystème autour du climat est en train de se développer. Le CNES a été à l’origine il y a trente ans d’un écosystème pour l’utilisation des données d’observation de la Terre. Plus récemment, avec les satellites Topex-Poseidon et Jason, nous avons mis en place un écosystème autour des océans. Dès lors que des satellites de plus en plus nombreux s’intéressent au climat, on peut raisonnablement penser à la création d’un écosystème sur le climat dans les années à venir.

Le projet SWOT – Surface water ocean topography –, développé avec la NASA, devrait être lancé à la fin de la décennie. À l’instar de Jason pour les océans, cette mission s’intéressera à l’eau douce sur les terres émergées.

En matière de météorologie, le CNES est également en pointe. Au-delà des satellites de météorologie traditionnels sur lesquels s’appuient les cartes présentées à la télévision, des satellites plus sophistiqués, qui sont en orbite polaire et non géostationnaire, étudient la météorologie avec des instruments très novateurs : l’instrument IASI, déjà en orbite, est capable de prévoir la météo à trois jours ; un autre instrument, IASI-NG, devrait être en orbite à partir du début de la prochaine décennie et permettre d’étendre la prévision à quatre, voire cinq jours.

Quant au nombre d’emplois créés par Jason 3, il faut distinguer les emplois directs liés à la fabrication du satellite – entre 100 et 150 emplois pendant cinq ans dans l’industrie spatiale – et les emplois, plus nombreux, induits par la création de l’écosystème que j’évoquais précédemment et l’utilisation des données.

Le programme Copernicus de l’Agence spatiale européenne (ESA) monte en puissance. Deux satellites ont été lancés depuis Kourou, plusieurs autres sont prévus dans les mois qui viennent. Quant au programme Earth Explorers de l’ESA, il repose sur une approche un peu plus scientifique de l’observation de notre planète.

S’agissant de la marge d’erreur de MERLIN, ce satellite a vocation à mesurer les émissions de gaz à effet de serre, en particulier le méthane. Conçu pour établir une carte du monde des émissions de méthane, il offrira une très bonne connaissance par région, qui fait défaut aujourd’hui.

Les projets économiques du CNES se développent très rapidement. Le Gouvernement a décidé il y a quelques semaines de mettre en place une ligne de soutien à l’industrie spatiale pour la préparer à être présente dans les projets de méga-constellations.