Interview : « Nous attendons avec impatience le programme montagne de l’ANCT »

Retrouvez ci-dessous (ainsi que sur ce lien) l’un de mes premiers interview en tant que Présidente de l’ANEM. Il s’agit d’un entretien avec la journaliste Laura Fernandez Rodriguez, pour La Gazette des Communes (publié le 27/10/2020).

 

« Nous attendons avec impatience le programme montagne de l’ANCT »

Jeanine Dubié, présidente de l’Anem

 

Les instances de l’Anem viennent d’être renouvelées mi-octobre durant le congrès de l’Anem organisé à Corte, en Corse. Vous en êtes désormais la présidente pour les deux années à venir. Quel parcours vous a conduit là ?

Je suis députée de la deuxième circonscription des Hautes-Pyrénées, une circonscription sur laquelle j’ai des zones de montagne, de la ruralité, de l’agriculture sous toutes ses formes, de l’élevage pastoral, de l’industrie aéronautique et, par exemple, la ville cultuelle de Lourdes. Avant d’être députée, j’ai été conseillère départementale. Mais avant cela, je suis assistante sociale de formation, avec un parcours de cadre dans la fonction publique territoriale. Au cours de ma carrière, j’ai fait un peu de tout : du social avec les questions de dépendance, d’autonomie – j’ai été directrice d’Ehpad pendant dix ans -, du développement local, des finances, du numérique…

 

Pourquoi avoir rejoint l’Anem, que vous présidez aujourd’hui ?

Je m’en suis rapprochée très vite après être devenue députée, car je me suis rendue compte que les sujets que portaient l’Anem au niveau national sont des sujets sur lesquels j’étais interpellée au niveau local. De fil en aiguille, j’en suis devenue la secrétaire générale. Notre association est transpartisane ; quand la présidence est à droite, le secrétariat général est à gauche, et vice et versa. L’arrivée de la formation politique En marche nous a obligé à intégrer cette dimension dans notre organisation et nous avons créé un poste de vice-président. Je suis la dernière pour qui l’ancien système fonctionne : les suivants devront être deux ans vice-président, puis secrétaire général, puis président. L’une de nos forces est notre unité politique : on a coutume de dire que quand on rentre à l’Anem, on a un seul parti, celui de la montagne. Nous sommes aussi une association transversale au niveau des collectivités territoriales puisque nous comptons 4 000 communes adhérentes, mais aussi une quarantaine de départements et 7 régions.

 

Quels sujets porterez-vous  au cours de votre mandat ?

Je souhaite réunir les anciens présidents afin de faire le point avec eux, pour être dans la continuité de l’état d’esprit qu’ils ont porté. J’aimerais qu’on se retrouve autour de quelques sujets essentiels, pour le maintien de la vie et de l’économie montagnarde.

Par exemple, le numérique, avec le développement des réseaux, le raccordement… Bien sûr, le numérique rend un territoire plus attractif en terme d’activité économique, mais il est également un outil important pour maintenir le lien social et familial. La question de l’accès aux services publics et en particulier à la santé me semble aussi centrale, en particulier face à la désertification médicale qui touche certaines zones de montagne. Il me semble qu’il y a des collaborations et des coordinations à mettre en place, par exemple entre les stations thermales, qui pourraient se tourner vers des activités de prévention, et les maisons de santé. Il faut faire bouger les lignes pour que chaque activité ne reste pas dans son silo.
Du côté de la mobilité, l’Anem souhaite contribuer aux réflexions dans le cadre du plan de relance, notamment en terme d’investissements liés au ferroviaire qui pourrait réirriguer nos territoires de montagne. Il y a par ailleurs de gros enjeux autour de l’économie pastorale, et nous sommes très attentifs au nouveau pacte financier de la PAC qui portera sur la période 2021-2027.
Sur la question des prédateurs, si je prends le cas de l’ours, nous souhaitons qu’absolument aucun ours supplémentaire ne soit réintroduit, et nous voulons pouvoir aller, sur une année pastorale, au bout de la procédure « ours à problèmes », c’est-à-dire que ceux qui sont identifiés comme tels puissent être retirés de ces estives où leur présence n’est pas compatible avec l’activité pastorale.

Enfin, le sujet de la facilitation de l’entretien des cours d’eaux à caractère torrentiel me semble important : aujourd’hui, leur entretien est soumis à déclaration, voire à autorisation, avec des dossiers fastidieux à remplir qui peuvent décourager les maires, l’interco ou le syndicat qui en a la charge, tout comme les riverains lorsque le cours d’eau traverse leur propriété. Il faut absolument qu’on arrive à simplifier ces procédures administratives, beaucoup trop longues et complexes, de manière à en permettre l’entretien régulier, pour éviter des inondations dangereuses et meurtrières. Durant ce mandat, j’ai envie de remettre du bon sens sur certains sujets qui peuvent donner lieu à des oppositions dogmatiques faisant abstraction de la réalité du quotidien.

 

Au niveau du calendrier, quelles sont les échéances à venir ?

Nous attendons avec impatience le programme montagne de l’ANCT, qui doit être présenté « prochainement », selon le Premier ministre. C’est quand exactement, prochainement ? Nous attendons aussi la loi 3D, et quelle chance si on écopait d’un 4ème D pour décomplexification ! Depuis que je suis élue, je ne compte plus les votes sur des ordonnances pour permettre de simplifier les procédures administratives. Mais plus on vote ces ordonnances pour autoriser le gouvernement à simplifier, plus dans les territoires, on nous dit que c’est compliqué…

 

Quelles sont les conséquences de la crise sanitaire et de la deuxième vague pour les territoires que représente l’Anem ?

Durant les vacances d’été, les Français qui ont reporté des projets de vacances à l’étranger ou dans des destinations balnéaires potentiellement surfréquentées ont pu redécouvrir nos territoires. C’est une bonne chose, même si cela pose des questions de pédagogie et d’éducation sur les comportements à avoir pour défendre un tourisme adapté à ces zones là ; ne pas s’approcher des bêtes, ne pas polluer, etc… Et cela a permis de soutenir l’activité économique sur ces territoires, qui s’est à nouveau réduite depuis septembre.

Aujourd’hui, personne ne peut ignorer la situation sanitaire ; je suis inquiète et je comprends le couvre-feu, je comprends qu’il faille, peut-être, des mesures plus sévères. Nos territoires sont parfois confrontés à de la désertification médicale, on a donc grand intérêt à ce que le virus ne circule pas de façon trop active. Si c’est cela qu’il faut pour nous permettre de ne pas dégrader davantage la saison de ski qui s’annonce, si cela permet de pouvoir circuler pour les vacances de Noël… Au-delà des mesures collectives qui seront prises par le gouvernement pour « serrer la vis », chacun doit, de toute façon, faire preuve de responsabilité individuelle.