Innovation dans le secteur de l’agroalimentaire: question de Jeanine DUBIE sur les dépenses consacrées à la R&D

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Dans le cadre d’une table-ronde sur l’innovation dans le secteur de l’agro-alimentaire, Jeanine DUBIE s’est inquiétée de la faiblesse des investissements dans ce secteur, qui est pourtant le premier secteur industriel français en termes de chiffre d’affaire et d’emplois.

Mme Jeanine Dubié. J’ai trois questions. Les dépenses consacrées à la recherche et au développement ne s’élèvent qu’à 1,8 % de la valeur ajoutée dans le secteur de l’agroalimentaire. Comment pouvez-vous expliquer ce manque d’investissement au-delà de la baisse des marges ? Quels moyens devraient être mis en œuvre, selon vous, pour favoriser ces dépenses ?
Je voudrais ensuite vous interroger sur le plan industriel « Produits innovants pour une alimentation sûre, saine et durable ». Pouvez-vous nous apporter des précisions sur ses objectifs ? Une feuille de route a-t-elle été présentée, notamment en matière de productivité de l’agriculture ? Comment seront financés les appels à projets lancés en janvier dernier par le Gouvernement et dans quelle mesure les PME pourront-elles en être bénéficiaires ?

Enfin, dans le contrat de la filière alimentaire qui a été signé en juin 2013, les acteurs de la filière avaient prévu de créer une plateforme chargée d’adopter un agenda de recherche technologique sur l’innovation. Cet agenda a-t-il été mis en œuvre ? Quelles sont ses prochaines échéances ? Et sera-t-il décliné au niveau régional et local ?

M. Jean-Philippe Girard. Je veux revenir sur ce qui a été dit en ce qui concerne le défaut d’innovation dans l’alimentaire, avec ce fameux chiffre de 1,8 %. Prenez garde à ne pas mettre sur le même plan l’alimentaire et les secteurs du médicament ou de l’aéronautique. Nous innovons avec nos moyens et avec les marges dont nous disposons. J’ai demandé à mon chef économiste de travailler sur l’évaluation du pourcentage par rapport à la valeur dégagée du produit. On obtient alors un taux de 7,2 %. Allez vérifier dans les entreprises situées dans vos territoires, vous constaterez que nous innovons en permanence, à la fois sur le produit, sur le process, sur le plan social ou en matière d’ergonomie et que c’est inscrit dans les gènes des entreprises qui se développent. Tout le monde n’échoue pas dans la viande et la volaille ! Encore une fois, notre salut passe par l’innovation et la différenciation.

Le crédit impôt-recherche figure parmi les plus belles décisions prises au cours des vingt dernières années, car il constitue un moteur et une véritable incitation à l’innovation. Les entreprises qui ont intégré cette dimension recrutent et se développent. Nous avons même demandé son renforcement en direction des PME. J’insiste aussi sur les entreprises de taille intermédiaire, qui sont souvent les grandes oubliées. Le crédit impôt-compétitivité-emploi va également dans le bon sens mais il faut craindre qu’avec la guerre des prix, il ne fonde au terme des négociations commerciales avec la grande distribution, de sorte qu’à l’arrivée, ce soit cette dernière qui le touche doublement. A cet effet, les négociations en 2013, pour 2014, se sont très mal passées et ont été très tendues, vous pouvez du reste le vérifier au niveau de l’emploi et du nombre d’entreprises en difficulté dans le secteur.

Je veux revenir sur les contrats de filière dont les enjeux sont l’emploi, l’investissement, le financement, l’innovation, l’exportation et la promotion. Sur ce dernier point, sachez que j’ai repris récemment la présidence du conseil de surveillance du salon international de l’alimentation (SIAL), réel enjeu pour nos entreprises. Nous venons du reste d’acter le lancement d’un « SIAL Africa », de sorte que nous serons désormais présents dans toutes les grandes régions du monde. Cela nous permet d’embarquer nos entreprises à l’export. J’en profite pour lancer un message : donnons de la gratuité à nos primo exportateurs pour leur permettre de goûter à l’export ! Enfin, le SIAL permet aussi d’aller chercher des ressources nouvelles et des produits nouveaux.

Dans le cadre du plan industrie, plusieurs sujets ont été identifiés en vue d’une alimentation plus saine, plus sûre et plus durable : l’emballage du futur – intelligent, pratique, qui évite le gaspillage et qui voyage bien, notamment pour les produits fermentés – l’abattoir du futur – avec comme objectif de rejoindre les Allemands et de les dépasser – le froid du futur – plus écologique et moins cher –, les ferments du futur – rappelons à cet effet que nos trois familles de produits les plus performantes à l’export sont constituées de produits fermentés avec le vin, le fromage et les produits laitiers, les céréales. Enfin, l’alimentation sur mesure et connectée peut faire peur de prime abord mais il s’agit par exemple de pouvoir identifier une allergie via les indications relatives au produit. Déjà aujourd’hui, avec les plateformes telles que Alimexpert ou Alimevolution, des inquiétudes peuvent être levées, au sujet de la date limite de consommation d’un yaourt par exemple.