Crise de la filière bois-forêt : Jeanine DUBIE intervient lors de la présentation d’un rapport d’information

Jeanine DUBIE est intervenue ce 14 octobre lors de la présentation du rapport d’information de Pascale GOT et Damien ABAD sur la filière bois-forêt.

La députée des Hautes-Pyrénées s’est intéressée aux lacunes de la filière française à l’export. Elle a posé plusieurs questions sur la capacité des acteurs de la filière bois pour s’organiser autour d’une plateforme à l’exportation et s’est intéressée à l’impact de la marque France à l’étranger. Enfin, elle s’est exprimée sur l’apprentissage et la formation dans les métiers du bois.

 

Mme Jeanine Dubié. Alors que nous disposons dans la filière forêt-bois d’intrants de grande qualité, de ressources forestières riches et abondantes, d’une main-d’œuvre qualifiée et des savoir-faire, nous n’arrivons pas à résister à la compétition internationale. Ce que l’on constate pour le bois et la forêt est d’ailleurs vrai dans de nombreux secteurs de l’économie française. La filière bois est morcelée et pour une raison qui m’échappe, au contraire de nos voisins et concurrents directs, nos entreprises ne semblent pas arriver à s’entendre pour organiser efficacement une filière à l’exportation.

Vous citez dans votre rapport la plateforme commerciale « France Viande Export » mise en place pour les producteurs de viande. Mais de telles plateformes à l’exportation sont difficiles à créer car les acteurs ont des réticences à y participer. Lors de vos auditions, les acteurs de la filière se sont-ils prononcés en faveur de la création de telles plateformes ? Sont-ils selon vous prêts à coopérer et à échanger leurs contacts pour « chasser en meute » ?

S’agissant de la marque « qualité France » et de sa promotion à l’étranger, je suis comme vous persuadée que la solution à la crise de la filière bois passe par une meilleure valorisation de nos produits à haute valeur ajoutée. Quelles sont les missions mises en place par le comité stratégique de filière « bois » pour favoriser la montée en gamme de nos produits ? Des cahiers des charges ont-ils été définis ? Des opérations de promotion sont-elles menées à l’étranger pour promouvoir nos produits ?

Enfin, je souhaiterais exprimer un coup de sang concernant la formation. Alors que les métiers de la filière offrent des débouchés, ils n’attirent pas les jeunes. Plutôt que de viser l’objectif de 80 % d’une classe d’âge au baccalauréat et de 60 % dans l’enseignement supérieur, pourquoi ne pas viser celui de 10 % d’une classe d’âge en apprentissage ?

Mme la rapporteure. Il est vrai que nous nous heurtons à un blocage. Mais je crois beaucoup à la désignation d’un délégué interministériel puisque vous n’avez cessé de souligner que l’articulation entre l’amont et l’aval de la filière était inexistante. Les nombreux professionnels que nous avons rencontrés se trouvent à cet égard dans une impasse. Un délégué interministériel redonnerait non seulement de la cohérence au traitement du sujet au sein du Gouvernement mais apporterait aussi de la coordination aux professionnels à l’échelon territorial dans deux secteurs qui ont du mal à trouver un point de jonction. La nomination de ce délégué ne me semble donc pas superflue. Tout comme il ne me semble pas superflu de donner une impulsion plus moderne, plus industrielle et plus compétitive à cette filière – les atouts de celle-ci n’apparaissant pas spontanément. Quant au Conseil supérieur de la forêt et du bois, il est plutôt perçu favorablement par les sylviculteurs, puisqu’il est réuni par le ministre de l’agriculture, mais pas par les industriels. Même au sein de ce conseil, nous retrouvons cette division entre l’amont et l’aval – raison pour laquelle nous jugeons nécessaire d’introduire un correctif en la personne de ce délégué interministériel. Il ne serait d’ailleurs pas nécessaire que cette fonction perdure pendant de longues années dès lors qu’il remettrait en mouvement et en cohérence ces deux pans de la filière.

Une fois que la rationalisation sera acquise au niveau étatique, j’aurais effectivement tendance à faire confiance aux bassins de production et à préconiser une régionalisation des actions à mener de manière à ce que les actions menées soient adaptées aux spécificités de chaque territoire. En Aquitaine, par exemple, une fois défini un périmètre autour de l’aval et de l’amont, on simplifie grandement les choses. Les programmes de plantation sont concertés, la formation est assurée dans des lycées bois et des sections universitaires spécifiques et les pôles de compétitivité mettent en cohérence ce dispositif de formation. S’agissant de l’innovation, il est possible de bien mettre en adéquation l’offre et la demande à tous les niveaux, qu’il s’agisse de la formation, de la production ou des débouchés industriels – voire des scieries, même si ce pivot est défaillant.

S’agissant de la formation, nous sommes favorables au développement des écoles du bois. La France manque réellement de bûcherons : ce n’est pas nous qui l’affirmons mais l’Institut technologique Forêt cellulose bois construction ameublement (FCBA), le plus grand centre technique industriel de cette filière, qui réclame une meilleure gestion des besoins de main-d’œuvre. Quant à nous, nous sommes tout à fait favorables à conserver toute leur place aux plateaux techniques même si dans notre rapport, nous avons plutôt pris le parti des pôles de compétitivité dans la mesure où le champ économique a été notre fil conducteur.

M. Damien Abad, président de la mission d’information. La labellisation me semble faire consensus.

Il conviendrait effectivement de développer des plateformes à l’exportation, comme dans la filière bovine qui bénéficie de la plateforme France Viande export. Cela suppose cependant une entente préalable entre les acteurs concernés.

En matière de formation, je citerai un exemple de bonne pratique : dans mon département a été mis en place un pôle bois associant une maison du bois, une maison familiale rurale et une école d’ingénieurs du bois. Des élèves formés en alternance dans cette école ont ainsi pu accéder à des fonctions d’ingénieur et à une technicité importante dans le domaine du bois.