CAE : Jeanine DUBIE interroge Philippe WAHL, PDG de la Poste

Dans le cadre des travaux de la Commission des Affaires économiques, Jeanine DUBIE a interrogé le Président directeur général de la Poste Philippe WAHL au sujet de la création des maisons de services publics et sur la recrudescence des mouvements de grève au sein de la Poste en milieu rural.

Retrouvez ci-dessous son intervention.

 

Mme Jeanine Dubié. Ma première question porte sur la création des mille maisons de services au public annoncée en juillet 2013.

La Poste est un partenaire incontournable. Le Premier ministre a annoncé que d’autres opérateurs nationaux pourraient s’associer à cette démarche. Je crois que c’est une chance pour les territoires ruraux et de montagne. Elle permettra de lutter contre les inégalités d’accès aux services publics.

  • Pourriez-vous nous préciser le cahier des charges et le calendrier prévisionnel de mise en œuvre de ce partenariat ? Quelles seront les conséquences d’un tel partenariat pour les agents de La Poste ?

Philippe Wahl. Concernant les mille maisons de services au public, le calendrier de mise en œuvre commence aujourd’hui. Des commissions départementales de présence postale territoriale se réunissent déjà avec les élus pour fixer la liste des localisations des futures maisons des services publics. M. Jacques Savatier, mon collègue du comité exécutif de La Poste chargé d’une mission avec les territoires et les élus, constate que souvent d’ailleurs, ces localisations correspondent aux anciens chefs-lieux de cantons qui viennent d’être modifiés. Ces maisons des services publics répondent à un besoin et auront une influence favorable. La fréquentation des bureaux de poste sera ainsi en hausse, ce qui est positif en termes d’accueil et de commerce supplémentaires.

 

Mme Jeanine Dubié. Ma seconde question concerne le climat social à La Poste.

Nous constatons, sur le terrain, une multiplication des mouvements de grève en raison de la surcharge de travail, des changements d’horaires, des fermetures et du non remplacement de personnel. Même si je comprends la nécessité de changement de votre activité, je suis inquiète de la radicalisation de ces mouvements. Cela pose la question du management au sein de cette entreprise. On ne peut pas dire que ces mouvements ne sont que de la résistance au changement.

  • Comment La Poste prépare-t-elle donc ses salariés à ces nouvelles missions ?

Philippe Wahl. L’accord social signé par les syndicats majoritaires « Un avenir pour chaque postier » comporte deux engagements : 80 % des postiers seront formés chaque année et, sur deux ans, c’est la totalité des 240 000 postiers qui le sera. C’est considérable. La Poste doit donner la capacité de mobilité à ses employés.

 

  • Quelles sont les actions que vous mettez en œuvre pour que l’ensemble des salariés, y compris l’encadrement intermédiaire, s’approprient cette dynamique de changement indépendamment des négociations avec les organisations syndicales ?

Philippe Wahl. La question du management du changement est cruciale. La Poste est soumise à une réorganisation continue et qui va se poursuivre tant que le volume de courrier ne cessera pas de diminuer. Plusieurs points sont à souligner : d’abord, le nombre de journées de grève est à son plus bas niveau historique en 2014, même si les nouvelles formes de contestation ou de difficultés ne sont pas ignorées. Nous formons ensuite nos manageurs à la gestion du changement.

Enfin, la méthode du changement est normée en cinq phases de réorganisation. C’est ainsi que la transformation de la plateforme industrielle du courrier de La Rochelle s’est bien passée, et cela a été confirmé par les syndicats. La plateforme a été fermée mais aucun licenciement n’a été opéré sur les cent-cinquante salariés et seulement sept cas personnels sont encore à traiter pour un changement de métier. Un opérateur de machine de tri est ainsi devenu consultant en ressources humaines. La mobilité professionnelle doit se faire avec le salarié et elle est nécessaire.

On ne peut pas dire que les difficultés sont grandissantes, mais il est vrai que l’adaptation du modèle postal devient de plus en plus compliquée. La baisse du volume de courrier s’accélère pour atteindre début 2015 moins 8 %, ce qui est très mauvais. Parallèlement, le nombre de kilomètres à parcourir et le nombre de boîtes aux lettres ne diminuent pas, ce qui crée des tensions chez les postiers. Celles-ci doivent être gérées avec la modernisation des outils des facteurs, le dialogue social et l’accompagnement au changement. L’absentéisme constitue la traduction de ces tensions mais les accidents du travail, en recul en 2014, montrent que les investissements produisent des résultats.

L’objectif de rentabilité affiché par La Poste correspond à un résultat d’exploitation de 1,9 milliard d’euros en 2020. C’est le bien des postiers en général qui est visé puisque cela se traduira notamment par des intéressements pour les salariés ; en 2014, l’augmentation du chiffre d’affaires a ainsi été répercutée sur les salariés. En conclusion, les difficultés liées aux transformations de La Poste existent mais elles sont accompagnées par le dialogue social, le management du changement et la réussite de notre projet stratégique.